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APPENDICE. manuscrits.

Raynouard, choix, poésies, troubadours, kindle

APPENDICE 

Contenant l' Indication des divers ouvrages manuscrits cités dans cette grammaire, et des explications touchant les élisions, apocopes,
aphérèses, contractions, soustractions, etc., et touchant les variantes, les changements et suppressions de lettres, et les mutations de désinences pour la rime.

En attendant que je publie des notices détaillées sur les divers ouvrages écrits en langue romane, soit en prose, soit en vers, et que je paie à plusieurs personnes qui m' ont aidé de leur zèle et de leurs soins, le tribut public de ma reconnaissance, voici l' indication sommaire des manuscrits qui m' ont fourni les nombreux exemples qui autorisent les règles établies dans cette grammaire. Cette indication m' a semblé indispensable; et je la donne dans la première partie de cet appendice.

Je consacre la seconde à expliquer le mode que j' ai adopté pour exprimer à l' œil et à l' esprit des lecteurs, les élisions, apocopes, aphérèses, et quelques-unes des nombreuses contractions et soustractions, qu' offrent ces manuscrits.

J' expose la détermination que j' ai prise, lorsque les textes présentaient des variantes, ou lorsque les divers manuscrits attribuaient les mêmes ouvrages à différents auteurs. Et enfin je parle des changements que les troubadours se permettaient quelquefois pour la facilité de la rime.

Indication des manuscrits romans cités en cette grammaire. 

Serment de 842, dans Nithard, MS. n° 1964, Bibl. du Roi. 

Actes de 960, dans le n° 165, fol., des MSS. de Colbert, Bibliothèque du Roi.

Poëme sur Boece; le manuscrit unique du fragment considérable de ce poëme, très antérieur à l' an 1000, jadis dans la bibliothèque de Fleury-sur-Loire, se trouve actuellement à la bibliothèque publique d' Orléans.

La Nobla Leyçon, et autres poésies en dialecte Vaudois, de l' an 1100. MS. de la bibliothèque de Genève.


Manuscrits des Troubadours.

A la bibliothèque du Roi:

1091, supplément, jadis de Caumont;

2701, jadis de Durfé, (Urfé) et après, de la Vallière;

3204, ancien n°;

3794, ancien n°;

N°s 7225, 7226, 7614, 7698.


Manuscrit de la bibliothèque de M. Mac-Carty à Toulouse, actuellement dans celle de Mr. Richard Heber, à Londres.

Manuscrit de Peyresc; j' en ai une copie moderne.

Manuscrit de Chasteuil Galaup, écriture moderne; ce MS. qui avait appartenu au président de Mazaugues, est actuellement dans la bibliothèque de M. de Fauris de Saint-Vincens, à Aix.


Copies des manuscrits étrangers.

De la bibliothèque Laurenziana à Florence:

Cod. 42, plut. 41; cod. 43, plut. 41; cod. 26, plut. 90.

Les copies m' en ont été délivrées, d' après l' autorisation de S. A. I. le grand duc de Toscane.

De la bibliothèque Riccardiana à Florence:

Cod. 2909.

La copie m' en a été délivrée par le bibliothécaire.

Copies de manuscrits étrangers appartenant à la collection de M. de Sainte-Palaye:

De la même bibliothèque Riccardiana:

Cod. 2901.

De la bibliothèque de Modène:

Le MS. de Modène porte la date de 1254.

De la bibliothèque Ambrosiana de Milan

MS. n° 71. 

A Rome:

MS. de la bibliothèque Chigi, 2348;

MSS. de la bibliothèque du Vatican, 3206, 3207, 3208, 5232; 

MS. de la bibliothèque Barberini, 2777.

J' ai pris connaissance de ces divers manuscrits d' après les copies, les extraits, ou les notes qui se trouvent dans la collection de M. de Sainte-Palaye, déposée à la Bibliothèque de Monsieur, à l' Arsenal.


Manuscrits en langue romane provençale.

A la bibliothèque du Roi:

Roman de Jaufre, fol.

Le même, n° 7988, in-4°.

Roman de Gérard de Roussillon, in-12, fonds de Cangé.

Nouveau Testament, 8086, in-4°.

Philomena, autrefois de Baluze, n° 658, actuellement n° 10307.

Lo libre de vicis e de vertutz,  MS. in-4°, 7693.

La Passio de Jhesu Crist, MS. in-4°, 7693.

La vida de San Alexi, MS. in-4°, 7693.

Etc. etc.

Après avoir indiqué les principales pièces qui m' ont fourni les exemples, je dois expliquer la manière dont j' ai procédé à l' égard des élisions, aphérèses, soustractions, et contractions, etc., qui, pour être comprises, exigeaient d' être représentées de manière que personne ne pût s' y méprendre.

L' élision écrite est l' un des caractères de la langue romane.

Les manuscrits anciens ne marquant jamais l' apostrophe qui indique à nos yeux les apocopes ou les aphérèses, il m' a paru indispensable de présenter le signe qui sert à expliquer ces apocopes ou aphérèses, c'est-à-dire de marquer l' élision.

J' ai exposé dans la grammaire les motifs qui m' ont déterminé à détacher dans l' impression les pronoms affixes.

Je réunirai ici diverses explications que les détails suivants feront comprendre.


Changements de lettres.

Je ne parle ici que des changements faits à la fin du mot.

U pour L: 

Far mi podetz o ben o MAU. (1: Faire me pouvez ou bien ou mal.)

Bernard de Ventadour: Ges de chantar.


Suppression de lettres.

Souvent l' N final ou pénultième fut supprimé.

A pour AN.  Lendema 241. Pla 229. Sobeira 229.

As pour ANS.  Soteiras 201. Vilas 201.

E pour EN. Ve 141. Rete 232. Sove 176.

Es pour ENS. Ples 133. Bes 132. 

I pour IN. Meschi 165.

IS pour INS. Sarrasis 255. Vezis 189.

O pour ON. Ausiro 184. Chanso 156.  Do 179.

OS pour ONS. Bos 149. Capos 259. Chansos 148.

US pour UNS. Us 258.

 

Je ne dis rien de la suppression du T final. Elle ne peut causer aucun embarras.

Quelquefois le mot, dont l' N final a été retranché, fait subir l' aphérèse au mot suivant qui commence par une voyelle:

Qu' aissi m pes qu' o FASSO 'L leial. Pour FASSON IL. (1)

Arnaud de Marueil: Ab pauc ieu.

COL pour COM IL.

IL pluriel masculin:

Aissi COL peis an en l' aigua lor vida. (2)

Arnaud de Marueil: Aissi col.

IL singulier féminin:

Mais de lieis, COL pogues servir,

E far tot quan l' er bon ni 'l platz. (3)

Geoffroi Rudel: Ges en bon vers.

COLS pour COM ELS:

“Contec lor COLS portero a la Grassa”. (4) Philomena, fol. 57.

COS pour COM SE:

“Demandec COS podia esser endevengut.” (5) Philomena, fol. 58.

NON pour NOS EN:

“Al plutost que pusquam lo, NON tornem.” (6) Philomena, fol. 29.

NOS pour NON SE:

NOS partira nulh temps. (7)

Arnaud de Marueil: Dona sel que.  

(1) Qu' ainsi me pèse que cela fassent les loyaux.

(2) Ainsi comme les poissons ont en l' eau leur vie.

(3) Mais d' elle, comment la pusse servir,

Et faire tout quand lui sera bon et lui plaît.

(4) “Conta leur comment les portèrent à la Grasse.”

(5) “Demanda comment se pouvait être devenu.”

(6) “Au plutôt que puissions le, nous en retournions.”

(7) Ne se séparera nul temps.  

   

PEL pour PER EL, PER IL; PELS pour PER ELS:

"PEL castel a recoubrar.” (1)

Acte de 1059. Pr. de l' Hist. du Languedoc, t. II, col. 230.

PEL dous chanz de rossinhol

C' aug chantar la nueg escura,

Per los verdiers e PELS plais. (2)

Pierre d' Auvergne: Bel m' es quan la rosa.

Amors mi destrenh e m greya

PEL genser dona del mon,

E PEL plus plazen qu' ieu veia. (3)

Giraud le Roux: Amors mi.

PELOS pour PER LOS:

Aicel sera fil de Dieu apelatz

C' aura fait al camp lo vensimen;

PELOS clerges er leu coronatz. (4)

Bertrand d' Alamanon: D' un sirventes.

VON pour VOS EN:

“E per aquo no VON devetz meravelar.” (5) Philomena, fol. 58.

“Si mais ne voletz, mais VON trametra.” (6) Philomena, fol. 90.


Lettres ajoutées; changements pour la rime.

Entre deux noms, dont le premier finit et le second commence par une voyelle, souvent le Z se trouve dans les manuscrits, pour avertir que l' élision ne doit pas avoir lieu entre ces deux voyelles: en transcrivant j' ai négligé ce Z.

(1) “Pour le château à recouvrer.”

(2) Pour le doux chant du rossignol

Qu' ouis chanter la nuit obscure

Par les vergers et par les bois.

(3) Amour m' opprime et me sèche

Pour la plus gente dame du monde

Et pour la plus agréable que je voie.

(4) Celui-ci sera fils de Dieu appelé

Qui aura fait au camp la victoire;

Par les clercs sera bientôt couronné.

(5) “Et pour cela ne vous en devez émerveiller.”

(6) “Si plus en voulez, plus vous en transmettra.”


Senher Blacas, aquo lor es granz pros

Qu' a vos parec q' AZ els fos destorbers. (1)

Blacas: En Pelicer.

Qu' eras sai ben AZ escien. (2)

Geoffroi Rudel: Belhs m' es.


Quoique ce ne soit point ici le lieu de parler des licences poétiques, je ne dois pas omettre celles qui tiennent à des changements qui modifient les règles ordinaires et générales de la grammaire.

Le besoin ou le privilége de la rime a fait souvent modifier la finale des mots qui devaient rimer. En voici des exemples:

Dona, pros e valenta,

Genser de las plus GENTA. (3)

Bernard de Ventadour. Quan la doss' aura.

Il eût fallu dire GENTAS, l' S étant la finale caractéristique du pluriel des substantifs et adjectifs féminins en A.

L' odor de l' erba FLORIA,

E 'l dos chan qu' el auzels cria. (4) Bernard de Ventadour: En abril.

FLORIA est pour FLORIDA.

Quelquefois, mais plus rarement, des lettres sont ajoutées.

Si m preges eras la pros comtessa

Silh de Turet qu' es de pretz senhoressa... 

Gardatz se dic ardimen e follor... 

Qu' ieu no volgra que neguna m' AGUESSA

Colgat ab si desotz son cubertor. (5)

Bernard de Ventadour: En amor.

SA n' a été ajouté à AGUES que pour la rime.

(1) Seigneur Blacas, cela leur est grand profit

Qui à vous parut qu' à eux fût malheur.

(2) Qu' ores sais bien à escient...

(3) Dame généreuse et vaillante,

La plus gente des plus gentes.

(4) L' odeur de l' herbe fleurie,

Et le doux chant que l' oiseau crie.

(5) Si me priât ores la généreuse comtesse

Celle de Turet qui est de prix maîtresse...

Regardez si dis hardiesse et folie...

Que je ne voudrais que nulle m' eût

Couché avec soi dessous sa couverture.  


On rencontre d' autres modifications ou changements, mais je ne crois pas nécessaire d' entrer dans de plus grands détails.

Il suffira de se souvenir que les désinences qui servent à la rime sont parfois contraires aux règles générales, et alors l' on entendra le mot, et l' on résoudra la difficulté grammaticale qu' il peut offrir, comme s' il était écrit conformément à la manière ordinaire.

Je terminerai cet appendice par deux observations relatives aux différences qu'on pourra remarquer dans quelques exemples, quand je cite les mêmes plus d' une fois.

Il arrive que les mêmes citations offrent des variantes, ou que je désigne l' auteur tantôt sous un nom, tantôt sous un autre: c'est que j' ai cru pouvoir choisir, selon le besoin, les variantes qui m' offraient des exemples, afin que les personnes qui vérifieraient mes citations sur un seul manuscrit, ne fussent pas étonnées des différences qu' il leur présenterait. Ainsi des manuscrits écrivent VUELH, je veux, et d' autres VUOILL, VUOL, etc.; QUE, que, et d' autres CHE, C'; CUM, comme, et d' autres COM, QUOM, etc. (1) J' ai donc rassemblé des exemples de ces variétés, dans diverses citations du même passage, quand je m' en servais de nouveau. (2)

(1) Dans plusieurs endroits, j' ai indiqué les mutations, transpositions ou suppressions, soit de voyelles, soit de consonnes.

(2) J' en ai averti en quelques occasions qui me paraissaient l' exiger, comme aux pages 276 et 304.

Ayant trouvé assez souvent dans les manuscrits Des pour Dels, et AS pour ALS, articles au pluriel, j' ai cru devoir indiquer Des et AS parmi les articles romans, quoiqu' ils ne soient que des contractions des articles ordinaires.

Il est des pièces attribuées à différents auteurs par les différents manuscrits; lors de l' impression de ces pièces, un avertissement expliquera les raisons qui peuvent faire décider à qui elles appartiennent; mais, en attendant cet examen, j' ai tâché de remédier à l' inconvénient de citer, sous un nom seul, des pièces attribuées à divers auteurs, et j' ai nommé tantôt l' un, tantôt l' autre, quand j' ai eu occasion de citer plusieurs fois la même pièce. Ainsi, la pièce EN AMOR TRUEP est attribuée à Bernard de Ventadour par le MS. no 2701; et à Albert de Sisteron, ou Albertet, par le MS. n° 7226: j' ai cité tantôt Bernard de Ventadour, tantôt Albertet.

Enfin j' ai respecté le texte des manuscrits jusqu' à imprimer des fautes évidentes; ainsi, p. 287, j' ai copié d' après le MS. 3794: 

E se ellas, etc. au lieu de si,

Qu' aurait exigé la règle grammaticale; mais n' ayant trouvé la pièce que dans ce manuscrit qui porte se et non si, je me suis fait un scrupule d' altérer sciemment le texte.

On ne serait pas étonné sans doute si, dans une entreprise littéraire où il m' a fallu presque tout établir, et tout coordonner, depuis les plus hautes règles de la grammaire, jusqu' aux moindres détails qui concernent l' orthographe, il se trouvait quelque erreur, quelque inadvertance, et sur-tout quelque omission. Je regarderais comme un véritable succès, comme un fruit heureux de mon travail, que cet ouvrage même eût enseigné à les reconnaître.

FIN DE l' APPENDICE.


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